La via Domitia, qui traversait l’actuel Languedoc-Roussillon, est la plus ancienne voie romaine construite en Gaule. Son tracé, proche de ceux de l’A9 et de la R.N. 113, a été élaboré vers 120 avant J.-C. par Cneius Domitius Ahenobarbus, proconsul qui annexa la région et donna son nom à la voie antique. Reliant Rome à Cadix, cet axe de communication majeur contribua au développement de la Narbonnaise ; les agglomérations gauloises situées sur son passage devinrent des relais d’étape, comme ce fut le cas pour l’oppidum d’Ambrussum. Le nom d’Ambrussum nous est parvenu grâce à plusieurs itinéraires antiques et à deux pièces de monnaies en argent portant les quatre lettres latines AMBR. C’est grâce au pont Ambroix, encore appelé ainsi à l’époque moderne, que le souvenir de la ville s’est perpétué.
Le pont Ambroix
Cet imposant ouvrage d’art de plus de 100 m de long, qui comptait probablement onze arches, permettait à la voie Domitienne de franchir le Vidourle et de s’élever jusqu’à l’oppidum.
Ce pont, qui pourrait être le plus ancien de la région, aurait été construit aux alentours du début de notre ère, peut-être même au moment où était créée la station routière, vers 30 av. J.-C. Encore utilisé au Moyen Âge comme l’attestent la construction d’une chapelle au XIIe s. et l’installation d’une petite communauté religieuse au XIIIe s., il fut partiellement démantelé au XIVe s. par les habitants de Gallargues. Les crues du fleuve furent également responsables de la destruction de plusieurs arches. Ainsi, alors qu’il en comptait encore deux lorsque Gustave Courbet le peignit au XIXe s. (tableau conservé au Musée Fabre à Montpellier), la crue de 1933 emporta l’avant-dernière arche.
L'oppidum
Les premiers vestiges furent découverts sur la colline dès le milieu du XVIIIe s.
Au XIXe s., les signalements de trouvailles se multiplient : mobilier néolithique, tombes et cases gauloises, maisons médiévales et romaines, ainsi que différents objets (fibules, lance, épée, monnaies…) sont mis au jour. Après l’arrêt des fouilles vers 1920, les recherches reprennent en 1967 sous la direction de J.-L. Fiches. Elles permettront de préciser les différentes périodes d’occupation du site. Ainsi, même si des vestiges du Néolithique (vers 2 300 av. J.-C.), des céramiques de l’âge de bronze (VIIIe s. av. J.-C), des tessons d’amphore étrusque et un morceau de coupe grecque (VIe-Ve s. av. J.-C.) sont découverts, ce n’est qu’à la fin du IVe s. av. J.-C. que se constitua une véritable ville fortifiée, l’oppidum.
Les habitations gallo-romaines
Les habitations visibles sur la colline datent de la seconde moitié du Ier s. ap. J.-C. et ont été abandonnées au début du IIe s., en même temps que le reste de l’oppidum.
Masquant les constructions antérieures, ces vastes demeures de 400 m2 s’inspirent des modèles urbains romains où les parties les plus proches de l’entrée étaient utilisées par des esclaves ou des domestiques, tandis que les pièces du fond étaient occupées par les propriétaires. La construction de domus à Ambrussum témoigne de la romanisation des habitants même si les techniques de construction et certains aménagements restent de tradition indigène.
La voie pavée
La voie pavée, creusée de profondes ornières, constituait l’artère principale de l’agglomération.
Elle était bordée de bâtiments et de ruelles. Le trafic était limité par sa forte pente (9 %) et sa faible largeur qui ne permettait pas le croisement des véhicules. Construite au Ier s. ap. J.-C., elle rejoignait le pont grâce à un plan incliné aujourd’hui disparu.
L'édifice public
Daté du Ier s. av. J.-C., ce long bâtiment était largement ouvert au nord sur une place dallée ; quatre piliers, dont on a retrouvé l’emplacement, supportaient la toiture.
La fonction de ce lieu n’a pu être déterminée car l’ensemble a été démantelé dès le milieu du IIe s. par des récupérateurs de matériaux : aucun vestige pouvant aider à préciser l’utilité du centre public, n’a été retrouvé. Peut-être le portique abritait-il un petit marché.
Le rempart
Vestige le plus ancien visible sur la colline, le rempart a été construit dès la création de l’agglomération.
Il a subi de nombreux remaniements : les tours, primitivement quadrangulaires, ont été remodelées en tours arrondies ; elles seront également multipliées au cours du IIe s. av. J.-C. Dans son état actuel, il conserve 26 tours sur une longueur de 635 m. La partie située au dessus du Vidourle a aujourd’hui entièrement disparu : elle a été épierrée à l’époque moderne pour alimenter les fours à chaux.
La station routière
Depuis 1980, les recherches portent sur le relais routier implanté, vers 30 av. J.-C., à proximité du Vidourle.
Traversé par la voie Domitienne qui contournait l’oppidum par le nord, on y a mis en évidence des installations de service pour les usagers de la route : des îlots comportant une vaste cour derrière une entrée charretière pour accueillir les voyageurs et leur équipage, des bains à usage public, une maison qui abritait une forge pour la réparation des attelages, un enclos cultuel. Une partie de ce quartier était implantée en zone inondable, alors que le Vidourle n’était pas encore contenu par des digues et des levées de terre. Pour s’y maintenir, les occupants ont dû procéder, à plusieurs reprises entre 10 av. et 75 ap. J.-C., à de gros travaux de terrassements. Mais ce ne sont pas les crues du Vidourle qui causèrent l’abandon des lieux. La station routière connût, semble-t-il, un déclin lent et régulier à partir du milieu du IIe s., peu après l’abandon de la ville haute. La partie centrale du quartier fut abandonnée vers le milieu du IIIe s. de sorte qu’à la fin de l’Antiquité, seuls de grands bâtiments situés en périphérie nord étaient occupés et des récupérateurs de matériaux exploitaient déjà les ruines voisines. La zone sur laquelle se concentre les fouilles actuelles a été occupée au moins jusqu’à la fin du IVe s. La fouille du relais a livré de nombreux objets relatifs à la vie quotidienne gallo-romaine dont certains sont particulièrement caractéristiques de sa fonction routière (bandages de roues en fer, éléments de harnachements en bronze) mais, parmi les plus remarquables, il convient de citer un dépôt de 43 deniers et bijoux en argent accompagnés de dés à jouer qui sont actuellement présentés au musée archéologique de Lattes.